Tout est dans le chapeau. { 3 }
L’impératif de compréhension immédiate qui pèse sur la communication publicitaire oblige bien souvent d’avoir recours à des lieux communs. Est-ce à dire que la créativité est forcément limitée par l’imaginaire collectif ? La créativité peut-être pas, mais les campagnes certainement. Il faut avoir assisté à une réunion de team créatif pour comparer les idées lancées avec ce qui finalement, sera montré au public pour se rendre compte du hiatus.
Chaque contexte historique et culturel pèse naturellement son poids dans la production publicitaire. Il paraît très improbable qu’une campagne présentant des musulmans en position de prière pour bien faire voir leurs chaussettes Kindy puisse être imaginée et encore moins affichée aujourd’hui. Il est vrai que les thèmes religieux ont de tous temps éveillé les foudres et les anathèmes. Que l’on se souvienne simplement de la récente affaire de la Sainté Cène mise à l’index au grand dam de Marithé et Françoise Girbaud. Le caractère conventionnel qui unit un signe et l’idée qu’il représente ne fait qu’amplifier le phénomène. Pour bien être compris, il faut utiliser le langage et les images communs, forcément un peu galvaudés. Est-il d’ailleurs loisible de faire autrement pour vendre un produit de grande consommation qui pour mériter ce nom, doit d’adapter aux goûts moyens ? Le prêt-à-porter publicitaire existe, nous l’avons rencontré.
Il y a pourtant de belles échappées de l’enclos, de celles qui vous donnent envie de continuer à faire de la publicité. Des moments magiques où l’inspiration arrive à échapper au carcan des idées toutes faites, mille fois rabâchées, pour se rire d’elles. Des symboles que l’on arrive à tordre, des messages décalés, des topos revivifiés. Des réflexions sur le caractère artificiel du sens que l’on donne aux choses. Et c’est parfois aussi simple qu’une moustache et un chapeau.

julie
April 11th, 2008, 6:41 pm #
Bonne pub, amusante et catchy en tout cas.
Je suis d’accord pour l’imaginatif dans la pub. Mais, comme d’hab, je suis tout de même un peu sceptique. Il semble que l’effet recherché, le trait d’esprit d’une pub et son côté “foudroyant” éclipse souvent la logique du sens. Même s’il m’arrive de sourire, je crois que j’aime mieux un contenu narratif brut du genre “achète ma lessive, elle lave”. Comment dire…
C’est tendance de conceptualiser à fond les choses, au risque d’en perdre simplement le sens commun. Un peu comme les architectes, qui font de très belles maisons, mais des maisons qu’on n’a absolument pas envie d’habiter parce qu’elles ne sont pas adaptées à nos besoins. (Anecdote: dernière trouvaille de l’architecte de mon boulot: peindre les murs en noir. Hyper sympa).
Finalement, de la pub pleine d’esprit, oui, mais dans les musées. Voilà. L’espace induit la réflexion. Dans le “tous les jours”, je trouve pernicieux, car ces pubs demandent un effort pour en décrypter le sens qu’on n’a pas toujours envie de faire, ce qui peut laisser la place à d’énormes conneries d’ordre moral (pas que moral, d’ailleurs)
Je trouve que c’est une période un peu étrange pour la pub. Non?
Des becs
admin
April 12th, 2008, 10:02 am #
Hum, c’est une piste à explorer le contenu brut. ça serait drôle mais je crains de me faire assassiner par le client.
Toi qui aimes Barthes (aimait ?) ne te méfies-tu pas des idées trop communément partagées ? N’ont-elles pas aussi un potentiel dangereux d’évidence, qui provient justement d’un sens quasi imposé par le nombre ?
Je suis pour la rupture, quitte à faire du monde un musée, ce qui somme toute ne serait pas pire que d’en faire un supermarché.
Quant aux architectes, je peux sans peine imaginer l’acceuil fait au travail de Gaudi ou de Frank Lloyd en leurs temps. Cela dit le vôtre ne doit pas boxer dans la même catégorie :)
Bises
julie
May 1st, 2008, 2:16 pm #
Les idées les plus communes ne sont pas dangereuses, je crois (la lessive lave, le miel est sucré, la voiture est roule) Après c’est évidemment plus compliqué lorsqu’on arrive dans des considérations esthétiques, qui finalement créent les modes, et ne sons pas, je crois, si dangereuses qu’on a bien voulu dire.
Ce qui l’est, à mon sens, c’est le mélange de nos jours de ces deux notions. Mises côte à côte, elles sont difficiles à cerner, expliquer, comprendre, même pour celui qui s’en donne la peine. Mais bon, comme d’habitude, je ronchonne en théorie, et je laisse bien sagement rouler la pratique. :-)
Gaudi et Undertwasser, par exemple, ont été mal reçus comme toute avant-garde l’est toujours. Il y avait un réel bouleversement, que je crois non-nocif pour l’habitant et qui avait une volonté étique en plus d’esthétique, qui brisait vraiment les conventions architecturales.
Or il semble qu’une avant-garde à la mode n’en est plus une. Et je vais donc me charger de retrouver la plouc qui a conçu le blockhaus dans lequel je bosse. Le noir crée des contrastes violents entre écrans lumineux, puits de lumière et murs sombres. Deux heures là-dedans, et on commence à avoir mal à la tête. Nous n’y sommes installés que depuis lundi, ai hâte de voir la suite. Gainsbourg ou Dali avaient des murs noirs (la couleur de la rigueur) mais pas d’ordinateurs. Je pense que dans ce cas précis, nous sommes simplement en présence de connerie brute, si ce n’est brutale. :-)
Allé, à plouche
Des bécots